Santé

Bourdonnement d’oreille et AVC : les signes associés qui doivent alerter

Élise-Maëlle Renaudon 8 min de lecture

Un bourdonnement dans l’oreille inquiète vite, surtout s’il apparaît d’un coup ou d’un seul côté. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un acouphène sans lien direct avec un accident vasculaire cérébral. Mais certains signes doivent faire réagir sans attendre : survenue brutale, perte auditive, vertiges marqués, trouble de la parole, faiblesse d’un côté du corps ou confusion.

L’enjeu est simple : savoir distinguer un suivi ORL classique d’une urgence neurologique. En cas de doute, mieux vaut appeler les urgences que laisser passer le temps en espérant une disparition spontanée.

Acouphène isolé ou signal vasculaire : ce qu’il faut comprendre

Un acouphène est une perception sonore sans bruit extérieur. Il peut prendre la forme d’un bourdonnement, d’un sifflement, d’un grésillement, d’un souffle ou d’un battement. Il peut être continu ou intermittent, touchant une seule oreille ou les deux. Cela ne signifie pas automatiquement qu’un AVC est en cours.

Les causes fréquentes qui ne sont pas un AVC

Les bourdonnements d’oreille sont souvent liés à des causes ORL ou générales : exposition au bruit, bouchon de cérumen, fatigue auditive, infection, vieillissement de l’audition, stress, certains médicaments, troubles de l’articulation de la mâchoire ou tension cervicale. L’anxiété peut aussi accentuer la perception du bruit, car plus l’attention se fixe dessus, plus le cerveau le laisse prendre de place.

Un acouphène ancien, stable, sans autre signe neurologique, oriente plutôt vers une prise en charge non urgente. Il mérite néanmoins un avis médical s’il gêne le sommeil, la concentration ou la qualité de vie.

Pourquoi un AVC peut parfois toucher l’audition

Un AVC survient lorsqu’une zone du cerveau n’est plus correctement irriguée ou lorsqu’un saignement apparaît dans le cerveau. Certaines régions impliquées dans l’équilibre, l’audition ou le traitement des sons peuvent être touchées. Plus rarement, une atteinte vasculaire de l’oreille interne, parfois appelée infarctus labyrinthique, peut provoquer une perte auditive soudaine, des vertiges et des acouphènes.

L’oreille interne dépend d’une vascularisation fine. Si un vaisseau, comme l’artère auditive interne, est touché, les symptômes peuvent être brutaux. C’est cette brutalité, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’autres signes, qui change le niveau d’alerte.

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Les signes qui doivent faire appeler les urgences

Le bourdonnement seul n’est pas le seul critère à surveiller. Ce sont les symptômes associés, leur intensité et leur mode d’apparition qui guident la décision. Un signe neurologique soudain doit être considéré comme une urgence médicale.

Situation observée Orientation probable Réflexe conseillé
Bourdonnement ancien, stable, sans autre symptôme Acouphène chronique ou trouble ORL Prendre rendez-vous avec un médecin ou un ORL
Bourdonnement après exposition au bruit, sans vertige ni faiblesse Fatigue auditive possible Repos sonore et avis médical si cela persiste
Bourdonnement pulsatile, comme un battement synchronisé avec le pouls Cause vasculaire possible Consulter rapidement pour exploration
Bourdonnement brutal avec perte auditive soudaine Urgence ORL, parfois neurologique Consulter sans délai
Bourdonnement avec bouche déformée, faiblesse d’un bras, trouble de la parole Suspicion d’AVC Appeler immédiatement les urgences

Les symptômes d’AVC à ne pas minimiser

Certains signes doivent alerter, même si le bourdonnement semble secondaire : faiblesse ou engourdissement d’un côté du visage ou du corps, difficulté à parler ou à comprendre, trouble brutal de la vision, vertiges intenses avec instabilité, perte de coordination, mal de tête inhabituel et violent, confusion soudaine. L’association d’un trouble auditif brutal avec des vertiges sévères ou une marche impossible doit aussi être prise au sérieux.

Il est utile de retenir l’heure de début, le côté touché, la nature du son et les symptômes associés. Ces éléments donnent au médecin des repères concrets dès les premières minutes. Ce réflexe simple vaut mieux qu’une description longue et confuse au moment de l’appel.

Le cas particulier de l’acouphène pulsatile

Un acouphène pulsatile donne l’impression d’entendre son cœur ou un flux sanguin dans l’oreille. Il n’annonce pas automatiquement un AVC, mais il mérite une évaluation médicale, surtout s’il est nouveau, unilatéral ou accompagné de maux de tête, de troubles visuels, de vertiges ou d’une hypertension connue. Il peut être lié à des causes vasculaires diverses, comme une anomalie de circulation, une malformation artério-veineuse ou une hypertension intracrânienne.

Quand consulter : urgence, rendez-vous rapide ou surveillance

Pour éviter deux écueils opposés, paniquer pour tout ou attendre trop longtemps, il est utile de classer la situation selon le niveau de risque.

  • Appelez les urgences immédiatement si le bourdonnement apparaît brutalement avec faiblesse d’un côté, trouble de la parole, visage asymétrique, confusion, trouble de la vision, vertige majeur ou perte de coordination.
  • Consultez sans délai en cas de perte auditive soudaine, même sans signe d’AVC évident. Une surdité brusque nécessite une évaluation rapide.
  • Prenez un rendez-vous médical rapide si l’acouphène est pulsatile, unilatéral, récent, inhabituel ou associé à des maux de tête répétés.
  • Programmez un avis ORL si le bourdonnement persiste, gêne le sommeil, augmente progressivement ou retentit sur votre quotidien.
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Il ne faut pas tenter de tester soi-même un possible AVC en attendant de voir si les symptômes passent. Certains accidents ischémiques transitoires régressent, mais restent des signaux d’alerte importants. Dans les heures qui suivent les premiers symptômes, la rapidité de prise en charge peut influencer le pronostic.

Examens possibles : ce que le médecin cherchera à vérifier

Le diagnostic dépend du contexte. Le médecin commence généralement par préciser le début du bourdonnement, son caractère brutal ou progressif, son côté, sa tonalité, son rythme, les traitements en cours et les symptômes associés. L’examen clinique recherche des signes ORL, neurologiques et cardiovasculaires.

Évaluation ORL et tests auditifs

Un examen de l’oreille permet de rechercher une cause simple comme un bouchon de cérumen, une inflammation ou une atteinte du tympan. Des tests auditifs peuvent mesurer une perte auditive, préciser si elle touche une oreille ou les deux, et orienter vers une atteinte de l’oreille interne ou du nerf auditif. Cette étape est importante, car un acouphène peut être la conséquence d’une baisse d’audition passée inaperçue.

Évaluation neurologique, scanner ou IRM

Si les symptômes évoquent un AVC, l’orientation se fait vers une prise en charge urgente. Un scanner ou une IRM peut être demandé pour rechercher une atteinte cérébrale, distinguer différents mécanismes et guider le traitement. Une évaluation neurologique vérifie la motricité, la sensibilité, l’équilibre, la parole, la vision et la coordination.

En cas d’acouphène pulsatile ou de suspicion vasculaire, des examens des vaisseaux peuvent être envisagés. Le choix dépend de l’examen clinique et des antécédents : hypertension, diabète, troubles du rythme cardiaque, tabagisme, cholestérol élevé ou antécédent cardiovasculaire.

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Prise en charge et prévention : agir sur le risque sans vivre dans la peur

Le traitement dépend de la cause. Un acouphène lié à un bouchon, une infection, une perte auditive ou un trouble de la mâchoire ne se traite pas comme un symptôme neurologique. Après un AVC ou une atteinte vasculaire, la prise en charge peut associer neurologue, ORL, médecin traitant, kinésithérapeute, orthophoniste ou audioprothésiste selon les séquelles.

Soulager les acouphènes persistants

Lorsque le bourdonnement persiste, plusieurs pistes peuvent aider : thérapie sonore, appareils auditifs en cas de perte auditive, accompagnement psychologique, thérapie cognitive et comportementale, relaxation, amélioration du sommeil et réduction des expositions sonores agressives. L’objectif n’est pas toujours de faire disparaître totalement le son, mais de réduire son impact sur l’attention, l’anxiété et la fatigue.

Il vaut mieux éviter l’automédication, les gouttes auriculaires sans indication ou les compléments présentés comme miraculeux. Un symptôme auditif récent, brutal ou unilatéral mérite d’abord un diagnostic.

Réduire les facteurs de risque vasculaire

Prévenir un AVC passe par le suivi de la tension artérielle, du diabète, du cholestérol, du poids, du tabac, de l’activité physique et des troubles du rythme cardiaque lorsqu’ils existent. Ces mesures ne sont pas spécifiques aux bourdonnements d’oreille, mais elles diminuent le terrain vasculaire qui peut favoriser des événements neurologiques.

Un bon réflexe consiste à tenir un carnet simple pendant quelques jours : heure d’apparition, durée, oreille concernée, type de son, présence de vertiges, maux de tête, baisse auditive, fatigue, stress ou prise de médicament. Ce suivi aide le médecin à distinguer un acouphène fluctuant d’un symptôme inhabituel. Mais si un signe d’AVC apparaît, le carnet attendra : l’urgence prime.

Élise-Maëlle Renaudon
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